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Transformation et recontextualisations du discours pédagogique : une comparaison des politiques curriculaires en France et au Québec (2000-2015)

sous la direction de recherche de Christian Maroy, Département d'administration et fondements de l'éducation

Résumé

Depuis une quinzaine d’années, le « curriculum » au sens large (programmes de formation, pratiques pédagogiques, évaluation des apprentissages) fait l’objet de réformes importantes dans de nombreux pays de l’OCDE. La convergence de tendances mondiales soulève la question de la diffusion d’un « curriculum global » (Meyer, 2007), cependant il existe peu de travaux empiriques abordant ces réformes dans une perspective comparative et on sait peu de choses sur la façon dont ces tendances communes se traduisent dans les contextes éducatifs nationaux. Dans l’objectif de donner une intelligibilité aux transformations curriculaires contemporaines, nous avons entrepris une analyse comparative dans deux contextes francophones, la France et le Québec. La recherche visait à rendre compte de dynamiques communes et de spécificités propres, dans une perspective compréhensive et non normative.

Pour ce faire, à la lumière des catégories analytiques de Basil Bernstein (1990, 2000), nous avons dans un premier temps porté notre attention sur les changements tels qu’ils se donnent à voir dans les textes officiels, à travers l’analyse de l’évolution du discours pédagogique depuis le début des années 2000. Dans un deuxième temps, nous avons interrogé la manière dont ce discours circule du centre vers le local, à partir des pratiques des agents intermédiaires en charge de recontextualiser, d’interpréter et de traduire le discours officiel : les inspecteurs et conseillers pédagogiques.

Située au carrefour de la sociologie du curriculum et de la sociologie de l’action publique, cette thèse a recours à la stratégie de la comparaison internationale entre deux cas contrastés. La méthodologie qualitative s’appuie d’une part sur une analyse de contenu du curriculum formel au niveau du secondaire (premier cycle) en France et au Québec (textes législatifs et réglementaires et documents d’accompagnement, N = 47), et d’autre part, sur un corpus d’entrevues semi-dirigées menées dans une académie et deux commissions scolaires auprès d’inspecteurs pédagogiques régionaux et de conseillers pédagogiques (N = 18), ainsi que de cadres des services éducatifs (N = 6).

L’analyse réalisée permet de rendre compte de l’hybridation complexe entre modèles pédagogiques et de la pluralité des formes prises par le « curriculum global » dans chaque contexte. Loin d’un processus d’uniformisation des curricula, nos deux cas illustrent comment des orientations communes telles que la perte de légitimité des logiques disciplinaires ou l’individualisation des relations pédagogiques, sont recontextualisées et déclinées selon des logiques et des dynamiques spécifiques à chaque système éducatif. Des facteurs historiques de longue durée (entre autres, les traditions curriculaires), les arrangements institutionnels existants (comme les modes de fabrication des curricula), ainsi que des facteurs conjoncturels liés au contexte politique constituent des filtres puissants qui contribuent à maintenir de fortes singularités nationales en termes d’évolution curriculaire et de trajectoire des politiques.

Enfin, nos résultats permettent d’éclairer les transformations curriculaires sous l’angle de la circulation des textes officiels entre le niveau central et le niveau local. Nous avons mis en lumière deux modes de recontextualisation du discours officiel (distanciation/reproduction) caractérisant les agents dans chaque contexte éducatif, qui nous permettent d’interroger l’importance des « médiations » et le rôle de l’échelon intermédiaire dans la mise en œuvre des politiques.

Soutenance de thèse de Cécile Mathou